Années-lumière (Aubert)


Le discours en introduction rassemble des extraits du discours de Thomas Sankara à Addis-Abeba (Éthiopie), le 29 juillet 1987, pendant la 25e Conférence au sommet des pays membres de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA).

Sankara a été président du Burkina Faso de 1984 à 1987:

 

« M. le président,

Ma proposition ne vise pas simplement à provoquer ou à faire du spectacle. (...)

Je voudrais dire ce que chacun de nous pense et souhaite.

Qui ici ne souhaite pas que la dette soit purement et simplement effacée?

Celui qui ne le souhaite pas, il peut sortir, prendre son avion,

et aller tout de suite à la banque mondiale payer!

(...) Les masses populaires en Europe ne sont pas opposées aux masses populaires en Afrique; mais ceux qui veulent exploiter l'Afrique, ce sont les mêmes qui exploitent l'Europe... Nous avons un ennemi commun :

ceux qui volent le fisc, les douanes et qui exploitent les peuples.

(...) Je ne voudrais pas que l'on prenne la proposition du Burkina Faso comme celle qui viendrait de la part de... de jeunes, sans maturité, sans expérience. Je ne voudrais pas non plus que l'on pense qu'il n'y a que les révolutionnaires à parler de cette façon.

Je voudrais que l'on admette que c'est simplement l'objectivité et l'obligation.

(...) Il y a crise parce que quelques individus déposent dans des banques à l'étranger des sommes colossales qui suffiraient à développer l'Afrique. (...) Non, nous ne pouvons pas être complices! Non, nous ne pouvons pas!

(...) Nous devons également trouver une solution au problème de l'armement.

Je suis militaire et je porte une arme, mais monsieur le président,

je voudrais que nous nous désarmions.

Moi je porte l'unique arme que je possède, mais d'autres ont camouflé les armes qu'ils ont!

(...) Mes chers frères, avec le soutien de tous, nous pouvons faire la paix chez nous.

(...) Vivre Africain, c'est la seule façon de vivre libre et de vivre digne.             

Je vous remercie monsieur le président.      

La patrie ou la mort, nous vaincrons! »

 

 

Viens-tu? On s’en va… loin du confort de nos draps

Dans les profondeurs du monde où la mort a son repère

Où l’excès de nos rêves nourrit l’avenir de misère

On s’en va… tiens-toi bien à moi

Aux confins de la terre on saura bien qui nous ment

Tout ce qu’on nous raconte c’est peut-être que du vent

Pour maintenir serrés les nœuds

 

Impossible de renier le vieux

Sans casser tous les œufs

 

Défonce toutes les portes de non-retour

Assume tes choix jusqu’au bout des doigts

Brise les chaînes des pensées qui enferment

Refuse les modèles d’assimilation

 

On vit dans les nuages, les fers aux pieds

Finir cette galère?

Demain, si on veut le faire

Finie cette galère

Pour s’en échapper

Accepte au moins d’essayer

Sans lâcher…

 

 

Reprise du discours de Thomas Sankara :

« Je voudrais que notre conférence adopte la nécessité de dire clairement que nous ne pouvons pas payer la dette, non pas dans un esprit belliqueux, belliciste.

Ceci pour éviter que nous allions individuellement nous faire assassiner.

Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serai pas là à la prochaine conférence. »


Trois mois après la Conférence d'Addis-Abeba, soit le 15 octobre 1987, Thomas Sankara a été assassiné, dans un coup d'État qui a porté au pouvoir son frère d'armes – l'actuel président du Burkina Faso – Blaise Compaoré. Thomas Sankara a été enterré dans la précipitation dès le lendemain de sa mort, et sur son certificat de décès, on pouvait lire la mention: mort naturelle.  

 


Si on ouvrait les yeux face à l’éphémère

Chaque pas, des années-lumière


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